Pourquoi je limite le temps d’écran de mon enfant ?

Les écrans font aujourd’hui partis de notre quotidien : télévision, ordinateur, tablette, smartphone, etc. Selon une étude Ipsos de 2015, les enfants de 4 à 14 ans passent en moyenne trois heures par jour devant les écrans, sans compter ceux qui sont exposés aux écrans dès leur plus jeune âge. Alors, quels sont les risques et les conséquences d’une sur-exposition aux écrans pour nos enfants ?

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Photo Pixabay – Creative Commons – Public Domain

Un retard dans l’apprentissage du langage et déficit de l’attention

Carole Vanhoutte1, orthophoniste en région parisienne et co-fondatrice d’un groupe de réflexion « Joue, pense, parle » pour promouvoir le jeu comme moyen de prévention des troubles du langage et des apprentissages, a constaté que depuis sept ans, de plus en plus de parents venaient en consultation avec des enfants de plus en plus jeunes pour des problèmes liés au fonctionnement de la pensée. La plupart des enfants qui arrivent dans son cabinet présentent des troubles du langage et de la compréhension, langage censé se construire avec son environnement familial et physique. L’enfant étant alors entouré par ses proches, l’orthophoniste a fait le lien avec les évolutions de notre société au cours de ces dernières années et a établi un rapport possible avec les écrans. Propos confirmés par les chercheurs et par le CSA2 (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) par ses recommandations et mises en garde sur l’exposition aux écrans avant 3 ans. “Pour développer ses capacités, l’enfant doit utiliser activement ses cinq sens en s’appuyant notamment sur la relation avec un adulte qui répond à ses sollicitations. Il a besoin de se percevoir comme pouvant transformer le monde, ce qu’il fait par exemple quand il manipule des objets autour de lui. L’exposition passive à des images diffusées sur un écran ne favorise pas ce type d’interactions et peut au contraire freiner le développement du tout-petit enfantexplique le CSA. Le CSA conseille ainsi un temps d’exposition aux écrans maximum de 10 minutes par jour pour les plus petits.

Des problèmes de surpoids et de sédentarité

La Fédération française de cardiologie s’inquiète de la sédentarité croissante chez les jeunes. En 40 ans, les enfants auraient perdu près de 25% de leur capacité cardiovasculaire (récente étude australienne)3. Et cela s’explique d’abord par le temps de plus en plus long qu’ils passent sur les écrans (tablette, jeux vidéo, télévision). Obésité, diabète et autres maladies cardiovasculaires sont alors les conséquences de ce phénomène mondial de santé qu’il est important d’endiguer.

Anecdote étonnante : les enfants passent moins de temps dehors que les détenus de prison ! La marque de lessive Persil a eu cette drôle d’idée d’enquêter sur le nombre d’heures que les enfants passaient dehors en comparaison des détenus. La marque a donc lancé un spot publicitaire #FreeTheKids pour que les enfants déconnectent des ordinateurs, consoles de jeux et autres smartphones…

Un déficit de l’imaginaire

Dans son livre “Ils n’ont d’yeux que pour elle“, Stéphane Clerget, pédopsychiatre, dit que les “écrans entraînent un déficit de l’imaginaire”. Certains chercheurs constatent même une “crise de la créativité” depuis les années 80. En effet, selon Nancy Carlsson-Paige, professeur à l’Université de Cambridge, la baisse de créativité serait liée à la révolution technologique qui détourne de plus en plus le temps de cerveau disponible des enfants vers des jeux virtuels sur écran, les privant du temps autrefois alloué à des jeux “réels”4.

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Michel Desmurget, directeur de recherches en neurosciences à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), rapporte dans son livre “TV Lobotomie” les résultats d’une étude conduite par des médecins allemands sur près de 2000 enfants entre 5 et 6 ans. Les médecins ont demandé aux enfants de dessiner un bonhomme. Ils se sont alors aperçu que plus les enfants regardaient la télévision, plus le bonhomme qu’ils dessinaient était simpliste : pas de cheveux, pas d’oreilles, jambes représentées par un trait, etc.

Michel Desmurget conclut dans son livre : “La petite lucarne ne rend pas les enfants débiles ou visiblement crétins, mais elle empêche assurément le déploiement optimal des fonctions cérébrales. La vox populi aura évidemment beau jeu de nier l’existence du moindre détriment : voyez, nous dira-t-elle, ils ont regardé la télé et ils ne s’en sont pas mal sortis, ils ne sont pas débiles. Personne cependant ne demandera : cet écran qu’ils ont tant regardé, que leur a-t-il volé ?”

Inévitablement confrontés aux écrans, il ne s’agit donc pas d’interdire complètement les écrans aux enfants, mais de limiter leur utilisation et de les regarder ou d’y jouer en compagnie d’un adulte en commentant et en racontant ce que l’on voit et ce que l’on fait. Il faut aussi proposer au maximum d’autres activités aux enfants telles que lire, écrire, jouer à des jeux de société, faire des activités manuelles, voir des amis, etc. Rappelons que même Steve Jobs, et les parents geek de la Silicon Valley, tenait ses enfants à l’écart des nouvelles technologies !5

Sources :

1 Interview de l’orthophoniste Carole Vanhoutte

2 Les recommandations du CSA sur le contrôle parental et la limitation des écrans avant 3 ans

3 Etude australienne en anglais ou Reportage sur la sédentarité des enfants

4 Crise de la créativité 

En tant que papa, Steve Jobs n’était pas fan de l’iPad

Rémy Perla

Rémy Perla

Papa de 2 enfants, engagé dans la révolution éducative depuis plusieurs années, Rémy Perla est l'inventeur de l'innovation littéraire "Epopia"

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